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Mise en ligne: 27 février 2008
Mise à jour: 28 février 2012
Absolutely Fabulous
Thème musical:
This Wheel’s On Fire (Bob Dylan/Rick Danko) interprété par Deborah Harry et Adrian Edmondson
Durée:
36 épisodes de 30 minutes, soit 5 saisons + épisodes spéciaux: 5 téléfilms « hors saisons »
Pays d'origine:
Chaîne(s) de 1ère diffusion:
Période(s) de diffusion:
Du 12 novembre 1992 au 25 décembre 2004
Genre:
SitCom
Créé par:
Jennifer Saunders, Dawn French
Produit par:
British Broadcasting Corporation (BBC), Saunders & French Productions
Avec:
Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha, June Whitfield, Jane Horrocks, Helen Lederer, Harriet Thorpe, Naoko Mori, Christopher Malcolm, Mo Gaffney, Christopher Ryan
Présentation
Absolutely Fabulous est littéralement tombée sur les écrans de la BBC en 1992. La série fut immédiatement un succès sans précédent mais aussi l’une de ces séries cultes dont les Britanniques seuls connaissent le secret.
Et c’est peu dire, autant les Américains que les Français ont bien tenté de se tirer un bout de couverture. Roseanne Barr, créatrice et actrice de la série Roseanne, a bien obtenu les droits de la série, mais ses projets n’ont jamais aboutis... Ab Fab est trop politiquement incorrecte pour le public américain.
Les Français ont été plus « chanceux », un film a bien été réalisé. Absolument Fabuleux de Gabriel Aghion, rassemblant Josianne Balasko et Nathalie Baye, n’est rien d’autre qu’un faible reflet de la série.
Soyons clair, rien n’y fait, Ab Fab c’est un humour purement britannique, mais aussi un portrait au vitriol de cette même société britannique. La série fait très fortement référence à un contexte social et politique particulier auquel nous ne sommes pas nécessairement sensibles. Pour le quidam, Ab Fab est hilarant, c’est vrai, mais sommes-nous toujours capables de lire entre les lignes ? Ce dossier sera donc essentiellement centré sur les différents niveaux de lecture qu’offre la série.
Il faut tout d’abord souligner l’incroyable longévité et l’impact de cette série qui, comme le souligne Chrissy Iley [1], repose sur une production très restreinte d’épisodes étalés sur une longue période. Ainsi, les trois premières saisons de 6 épisodes de 30 minutes furent diffusées entre 1992 et 1996. Avant d’être sans cesse rediffusée sur le câble américain et d’intéresser Steven Spielberg bien que ce soit, nous l’avons déjà évoqué, Roseanne Barr qui en acquit les droits.
Par la suite, une série 4 et 5, ainsi que des épisodes spéciaux, dont le célèbre épisode ’Gay’, furent produits entre 2001 et 2004. Reste à savoir si la série verra encore l’un ou l’autre sursaut dans les années à venir.
Mais venons-en aux origines : Dawn French et Jennifer Saunders sont deux comédiennes qui firent connaissance sur le banc de l’école d’art dramatique avant de collaborer sur de nombreux projets dans les années ’80. C’est en 1987 qu’elles lancent la série French & Saunders qui connaît à ce jour 6 saisons de 6 épisodes de 30 minutes. La dernière série fut produite en 2004 (la cinquième en 1995).
C’est dans le cadre de cette série que French et Saunders écrivent un sketch du nom de Modern Mother & Daughter dans lequel chacune des comédiennes tient le rôle d’une mère moderne et de sa fille vieux jeu. Ab Fab vient de naître. Dawn French ne fait pas partie du casting de Absolutely Fabulous mais travaille toujours en partenariat avec Jennifer Saunders.
Acteurs et personnages
Ab Fab se centre essentiellement sur quatre personnages féminins et trois générations. Chacune de ces femmes incarne les névroses et le sentiment d’insécurité lié au fait même d’être une femme [2]. Le tour de force d’Ab Fab étant d’avoir créé une comédie exclusivement centrée sur des personnages féminins qui prêtent à rire.
Comme l’affirme Chrissy Iley, « Être l’objet du rire a quelque chose d’humiliant et avant Ab Fab il était impossible pour une femme d’être à la fois sexy et drôle ». Il est donc essentiel de voir ici en détail chacun des quatre personnages en tenant compte à la fois d’éléments diégétiques, mais aussi extradiégétiques [3].
Eddie Monsson (Jennifer Saunders) : Personnage central, Eddie Moonsson, de son vrai nom Edwina Margaret Rose Monsoon, peut paraître quelque peu simpliste, excessive et surtout très superficielle. Elle est la meilleure amie de Patsy, la mère de Safran et la fille de Madame Monssoon.
Elle est à la tête d’une société de relation publique (PR) qui ne tient d’abord qu’au crochet d’une seule star : Lulu (une chanteuse de musique pop des années ’60). La rejoindront plus tard, Twiggy, un ancien top model et enfin l’ex-Spice Girl Emma Bunton. En clair, des Stars « Has been ». Edina n’est pas très courageuse et n’a comme obsession que ses quelques kilos de trop et le fait d’être toujours dans le vent.
Un portrait bien peu reluisant, je vous l’accorde. Et pourtant, le personnage d’Eddy est le résultat d’une construction quasiment chirurgicale de la part de Jennifer Saunders.
Le nom Monssoon ne vous dit peut-être rien... Prenons un dictionnaire anglais-français, Monssoon se traduit en français par le nom commun « mousson ». En d’autres termes, un système de vent particulièrement actif dans l’océan Indien. C’est aussi une référence aux mouvements hippies, Goa en Inde durant la période de Mousson était alors une des destinations phares de la culture hippie dans les années 60. Enfin, Monssoon est aussi une chaîne de magasin de vêtement londonien [4] située sur High street et réputée pour faire fabriquer des vêtements de qualité moyenne dans les pays pauvres [5]. Notons, et on y reviendra plus tard, que le surnom « Eddie » utilisé tout au long de la série est unisexe (et fait plus facilement référence à un homme).
Eddie exerce une profession tout à fait particulière aux années ’90. Elle est de cette nouvelle espèce de gourous de la communication. Elle est donc l’incarnation comique d’une profession dont la spécialité est finalement de vendre du vent, de représenter et d’influencer.
Le personnage de Edina est d’ailleurs modelé sur LE gourou de la « culture relation publique », j’ai nommé Lynne Franks. Lynne Franks est un véritable modèle de réussite des années ’90 [6]. Il est intéressant de savoir que Jennifer Saunders et Lynne Franks sont très bonnes amies et que Jennifer Saunders n’a jamais caché l’avoir parodiée, bien que « parodiée » semble un bien grand mot [7].
Patsy Stone (Joanna Lumley) : De son vrai nom Eurydice Colette Clytemnestra Dido Bathsheba Rabelais Patricia Cocteau Stone, Patsy est la meilleure amie d’Edina. Elle est aussi et surtout complètement odieuse, sans aucune morale, nymphomane, alcoolique, une fumeuse à la chaîne et une ancienne mannequin.
Elle est le parasite par excellence. Elle travaille dans un magazine de mode qui semble ne pas lui demander beaucoup de temps ou de compétences et semble plutôt bien payée pour son inactivité. Tout comme sa seule amie, Eddie, Patsy est un personnage extrêmement bien construit.
Son nom : Stone. Reprenons notre dictionnaire, Stone se traduit en français par le nom commun « pierre ». Ce qui en soit représente la dureté du caractère de Patsy. C’est également, et l’on s’en doute, une référence au passé (les Rolling Stones) et, évidemment, à la drogue.
C’est la célèbre Joanna Lumley qui incarne le personnage décadent de Patsy Stone. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant les connaisseur savent que Joanna Lumley a également incarné Purdey dans The New Avengers (Chapeau Melon Et Bottes De Cuir) en 1976 et fut également une ’James Bond Girl’ dans Au Service Secret De Sa Majesté (aux côtés d’ailleurs de Mme Peel, Diana Rigg).
Ce qui est moins célèbre, par contre, c’est l’image qu’incarne Joanna Lumley en Grande-Bretagne. Discutant avec des fans anglophones de la série, je fus surpris de l’importance donnée par ceux-ci aux contrastes entre Joanna Lumley et son personnage de Patsy Stone.
En effet, Joanna Lumley est, pour les britanniques, l’image même de la féminité blanche issue de la haute classe moyenne, d’une famille coloniale, ancien modèle de mode et réputé supporter du gouvernement conservateur. En d’autres termes, il y a un contraste évident et fort entre Patsy Stone et Joanna Lumley qui participe fortement à l’aspect comique de la série dans l’oeil du téléspectateur britannique.
Le personnage de Patsy trouve d’ailleurs son origine chez l’humoriste Ruby Wax, dont la spécialité était de faire des interviews complètement déjantées. L’idée était pour lui de faire une fausse interview de Joanna Lumley en la montrant comme une cuisinière alcoolique. Une idée reprise par Jennifer Saunders sur Ab Fab et qui permit à Ruby Wax de devenir script de la série.
Safran Monsson (Julia Sawahla) : Safran est la fille d’Edina. Elle est tout simplement l’exact opposé de sa mère. Responsable, attentive, ouverte d’esprit, ne fume pas, ne bois pas... La fille parfaite... Trop parfaite, voire même vieux jeu, naïve et à cheval sur des principes parfois trop rigides.
Contrairement à Joanna Lumley, le rôle de Safran correspond très bien au passé de l’actrice Julia Sawahla, laquelle était alors vedette de la série britannique Press Gang (43 épisodes et 5 saisons entre 1989 et 1993), une série très propre alors produite par ITV et qui visait un public de jeunes adolescents.
Grand-mère Monsson (June Whitfield) : La grand-mère Monsoon est un personnage essentiel d’Ab Fab bien qu’elle ne soit pas toujours présente. Elle est très proche de sa petite fille Safran et est l’opposé même de sa fille Edina.
Cependant, a y regarder de plus près, on reconnaît dans ce personnage une sorte de congloméra de Safran et d’Edina. Elle est plus « relax » que Safran et plus affectueuse, mais également elle peut se montrer très dure et très égoïste comme peut l’être Edina.
Ici également, il est intéressant de rappeler l’une ou l’autre facette de l’actrice June Whitfield qui incarne ce personnage. Tout comme Julia Sawahla, June Withfield retrouve ici une continuité avec ses rôles précédents. Elle a, de par le passé, incarné plusieurs personnages très gentillets et appréciés dont celui d’une très gentille voisine dans la sitcom britannique Terry & June. Il est cependant un autre rôle qu’elle a incarné et qui est très intelligemment utilisé dans les scripts de Jennifer Saunders. En effet, June Whitfield incarna Margaret Thatcher dans des émissions radio !
Vous l’aurez compris, Ab Fab n’est pas une sitcom qui se base seulement sur une histoire et des personnages, mais c’est aussi et surtout une série qui, pour être entièrement comprise, doit se placer dans un contexte politique et social si précis que même le choix des actrices principales constitue déjà en soi une critique de la société.
Une série politiquement incorrecte !
Il est depuis longtemps acquis que toute production audiovisuelle est toujours, d’une manière ou d’une autre, politique dans la mesure où cette production est déterminée par l’idéologie qui la produit [8]. Ab Fab n’échappe pas à la règle, que du contraire.
Vu sous son plus simple aspect, Ab Fab pourrait se limiter à être une comédie basée sur le refus de femmes à bien se comporter. Cependant, la série, comme le décrivent Pat Kirkham et Beverley Skeggs [9] approfondit ce concept et le place dans un contexte tout a fait particulier en se référant à différents courants idéologiques et politiques mis en opposition. On y retrouve de cette manière le courant hippie des années ’60, l’hédonisme des années ’70, le Tatcherisme des années ’80 et enfin la rigidité des années ’90.
Le comique de la série est donc la résultante d’un dosage parfait entre ces courants opposés entre les personnages et au sein même de chaque personnage. Je m’explique : nous l’avons dit auparavant, le nom même des personnages (Monsoon et Stone) fait une claire référence à l’hédonisme et au courant hippie. Autant Patsy qu’Eddie sont portées sur la drogue, l’alcool et le plaisir direct.
Cependant, toutes deux sont également représentantes de certaines valeurs du Thatcherisme tel que l’égoïsme, le matérialisme à outrance et un positivisme à toute épreuve. Les valeurs d’Edina et de Patsy sont donc en constant conflit avec les valeurs opposées de Saffy, portée quant à elle sur les courants écologiques, anti-matérialistes et les problèmes sociaux.
A titre d’exemple, l’épisode 2 de la deuxième saison , Death, racontant la mort du grand-père de Saffy, est révélateur de tous ces conflits. Apprenant la mort de son père, Edina réagit comme une enfant et révèle sa peur de la mort et sa volonté de transmettre son héritage à sa fille. Safran refuse, arguant qu’elle n’est pas intéressée par le bien matériel. Edina décide alors d’investir son argent dans l’art moderne. Elle veut des objets qui auront de la valeur dans le futur et se ruine dans l’achat d’une série d’œuvres aussi hideuses les unes que les autres. Entre temps, Patsy persuade Edina de lui donner son héritage.
L’épisode met en lumière les valeurs contradictoires des personnages. Saffy refuse les biens matériels, car c’est contraire à son éthique. Mais elle se fait doubler par Patsy qui voit là la possibilité d’assurer son propre avenir sans le moindre scrupule vis-à-vis de la jeune fille qu’elle spolie.
Mais la critique du Thatcherisme va même plus loin. Comme le démontrent Pat Kirkham et Beverley Skeggs, on retrouve des traces de ce courant de pensée dans les plus petits détails de la série. Par exemple, dans cet épisode, Edina exprime sa peur de la mort en disant : « Mais je ne veux pas mourir. Quand je pense à tout ce que j’ai investi dans ce corps, dans cette vie. J’ai eu ce qu’il y avait de mieux. J’ai fréquenté les meilleurs instituts de beauté. J’ai été rasée, épilée et hydratée, ma chérie ! Cette carcasse teindra bon ou je ferai un procès ! ».
On voit là une application des valeurs musclées du Thacherisme en contradiction avec les préoccupations d’aujourd’hui que sont les soins et le bien-être du corps. La politique de Thatcher poussait à rendre plus fort pour mieux produire. Ab Fab ridiculise cette idée en la poussant à l’extrême surtout que dans le cas d’Edina et de Patsy, cet extrême s’atteint via l’excès d’alcool et l’usage de drogue.
Mais le Thacherisme est aussi à l’origine d’un discours neo colonial excessif. À différentes occasions, Edina fait référence à des objets issus de lieux exotiques comme une manière de se distinguer des masses ou de montrer un style de vie élevé. Ainsi, elle met des objets esquimaux dans son salon lorsqu’une journaliste se présente chez elle ou parle d’utiliser des lèvres d’Indiens d’Amazonie morts comme cendrier.
En d’autres mots, c’est une référence à l’extrême libéralisme qui utilise le tiers-monde comme une manière de se différencier et d’être chic, c’est surtout un libéralisme ou tout se vend et tout s’achète sans la moindre éthique. C’est le cas notamment des enfants roumains qu’Edina importe pour les revendre.
Ab Fab sous le couvert de l’humour est donc une critique acide d’une période de l’histoire de la Grande-Bretagne. Une période dont peu de Britanniques sont fiers aujourd’hui. Et cette critique est faite avec un tel génie qu’il est possible de regarder la série sans pour autant se sentir offusqué. D’une certaine manière, Ab Fab est à ce point politiquement incorrect que l’on rit de tout et surtout de ce dont il est interdit de rire.
Tout cela se concentre dans une sphère familiale dont le modèle lui-même s’oppose à la tradition. Edina est une mère divorcée et le père de Saffy est gay. Le rôle de mère et de fille est inversé. C’est Saffy qui prend soin de sa mère et qui tente tant bien que mal de l’éduquer.
Enfin, il y a une totale absence d’affection filiale entre Edina et sa mère. Ab Fab est donc construite sur une inversion totale des rôles et sur de fortes oppositions entre les personnages doublés de contradictions criantes dans le comportement d’un seul et même personnage.
Ab Fab : Absolument Féministe ?
Un autre aspect d’Ab Fab particulièrement bien analysé par Pat Kirkham et Beverley Skeggs [10] dans leur article « Absolutely Fabulous : Absolutely Feminist ? » est la question féministe.
Comme nous l’avons vu auparavant, Ab Fab est le première série à utiliser principalement des femmes comme objet de comédie. Qui plus est, ce sont des femmes sophistiquées de la haute bourgeoisie anglaise.
Autant que l’aspect politique, les références au féminisme des années ’60 et ’70 sont légion. Les deux femmes (Edina et Patsy) ne cessent de revendiquer leur liberté. Cependant, leur conception du féminisme (loin de la recherche d’une indépendance ou d’une revalorisation de la femme) se limite à leur droit à maigrir en criant des slogans tels que « les problèmes de poids sont une question féminine ». C’est également au nom du féminisme que les deux femmes justifient leur passion pour la mode.
Comme le commentent Pat Kirkham et Beverley Skeggs [11] dans leur article, une grosse partie de l’humour d’Absolutely Fabulous repose sur cette question du comportement de la femme. Le féminisme repose sur la contestation de la société de dominance masculine à faire reconnaître que la femme est elle aussi capable d’assumer des responsabilités égales à celle du sexe opposé. Or, le comportement tout entier d’Edina est l’exact opposé de cette revendication.
Edina est un personnage en constante fuite de responsabilités. Elle ne peut et ne veut assumer son rôle de mère qu’elle laisse bien volontier... à sa fille. Mais ce refus des responsabilités s’étend à l’ensemble de ses relations. Elle ne peut supporter d’écouter une amie se plaindre, ni l’entretien de son propre corps pour lequel elle paye des fortunes afin que d’autres en prennent soin.
Edina n’est de toutes façons pas en mesure de gérer son propre corps qui devient pour elle un objet incontrôlable. Elle ne peut retenir sa faim ou encore ne cesse de se plaindre de son poids, mais ne peut trouver le courage de maigrir. En d’autre terme, et nous rejoignons ici l’idéologie critiquée par la série, le concept même de responsabilité devient un objet échangeable contre monnaie sonnante et trébuchante.
A contrario, Patsy contrôle son corps à la perfection. Elle avoue n’avoir rien mangé depuis 1973, elle est maigre et est capable de subir n’importe quoi grâce à la drogue et aux cigarettes.
Est-ce à dire pour autant qu’Absolutely Faboulous n’adopte aucunement le discours féministe. Pas tout à fait. Pat Kirkham et Beverley Skeggs [12] rappellent que le discours féministe porte aussi sur l’image de la femme dans les médias. Or, contrairement à l’image de la femme traditionnellement diffusée sur nos écrans, tant Edina que Patsy sont l’incarnation d’une certaine liberté.
Elles ne sont pas sujettes au regard masculin. En effet, les théories féministes ont depuis longtemps développé l’importance du regard de l’homme par rapport à la femme dans les médias, un regard qui est souvent considéré comme humiliant et réducteur. Ici, c’est tout le contraire, Patsy et Eddy sont toutes deux libres de ce regard, elles ne sont en aucun cas assujetties aux hommes et maîtrisent même parfaitement leur relation avec ceux-ci. Ce sont des femmes libérées.
Mais encore ici, Pat Kirkham et Beverley Skeggs soulèvent dès lors la question de la féminité. Eddie et Patsy de par l’obtention d’une telle liberté n’ont-elles pas dès lors également perdu leur féminité ? La question se pose d’autant plus que la série semble à plusieurs reprises accentuer cet aspect de femme-homme.
Toutes deux utilisent des sobriquets unisexes : Pats et Eddie. Par ailleurs, la série montre une relation forte entre les deux femmes, mais une relation constamment sur le ton du sur-joué. Dans une scène, alors qu’elles partagent le même lit, elles se disputent pour savoir qui va éteindre la lumière... La féminité devient donc un masque en soi et est perçue comme un simulacre de féminité.
Eddie est une femme dont le corps est à ce point capricieux et indomptable qu’elle n’est pas reconnue comme féminine. De son côté, Patsy est le symbole même d’une féminité que ne peut atteindre Eddy. Dans la saison 2, on apprend cependant que Patsy aurait subi une opération de changement de sexe au Maroc dans les années ’70.
Toutes deux sont donc femmes libérées dont la recherche de féminité est montrée clairement comme le résultat d’un dur labeur poussé au point d’en être ridicule.
Conclusion : Il fallait oser !
Si vous n’avez jamais regardé ne serait-ce qu’un seul épisode de Absolutely Fabulous, j’espère que ce dossier un peu compliqué ne vous aura pas rebuté. Si par contre, vous avez déjà eu l’occasion de voir cette série. J’espère très honnêtement que j’aurai placé quelques pistes de lecture qui vous permettront de redécouvrir la série sous un oeil différent.
Peut-être que, comme moi, vous rirez d’autant plus que vous aurez en mains des éléments qui peuvent, je l’admets, sembler très arides dans ce texte, mais qui prendront tout leur sens lors de votre découverte ou redécouverte d’Ab Fab.
Ce qui m’a le plus frappé lors de mon dernier visionnage de la série, c’est que la série n’a pas pris une seule ride. Mieux, elle est d’autant plus appréciable que le temps a passé. Voir Edina et Patsy dans la première saison accrochées à leur téléphone portable énorme fait vieillot, mais ajoute tant de saveur que rien que ce petit détail nous fait rire aux larmes.
J’espère également qu’après la lecture de cet article, vous aurez saisi que le remake français Absolument Fabuleux n’atteint jamais les qualités de la série. Comme le disait Nath dans sa critique du film, une succession de sketches n’est pas suffisante. Ab Fab c’est beaucoup plus que ça. C’est une époque, c’est un mythe qui dépasse la série elle-même. La seule présence de Joanna Lumley prête à rire tant ce personnage est éloigné de son image, elle qui fut le modèle même de la féminité britannique. Il fallait oser faire Ab Fab !
Voir en ligne : Liens sur la série sélectionnés par SériesClic.com
Notes
[1]ILEY Chrissy, « Absolutely Fabulous » in MERULLO Annabel and WENBORN Neil (eds.), British Comedy Great, Cassel Illustrated, 2003, p. 11.
[2]ILEY Chrissy, op.cit., p. 11.
[3] soit tout ce qui est extérieur à la fiction
[4] Article wikipedia en anglais
[5]Depuis fin 2006, cette ligne de magasin a signé un accord sur le commerce équitable [Voir www.labourbehindthelabel.org
[6] Page personnelle de Lynne Franks. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil aux photos, surtout si vous avez déjà vu Ab Fab !
[7]Chrissy Iley, ayant également connu le gourou de la relation publique, raconte sa propre expérience en ces mots : « Lynne Franks herself is larger than life, (...). She was and is outrageous. Many times I’ve been with her and had strictly Absolutely Fabulous moments.(...) »
[8]« Every film is political, inasmuch as it is determined by the ideology which produces it (or within which it is produced, which stems from the same thing). (...) The cinema ’ reproduces ’ reality : this is what a camera and film stock are for — so says the ideology. But the tools and techniques of film-making are a part of ’ reality ’ themselves, and furthermore ’ reality ’ is nothing but an expression of the prevailing ideology ». (COMOLLI Jean-Louis, NARBONI Paul, “Cinema/ideology/criticism”, Screen reader 1, London : Society for Education in Film and Television, 1977, p. 4.)
[9]KIRKHAM Pat and BEVERLEY Skeggs, « Absolutely Fabulous : Absolutely Feminist ? » in GERAGHTY Christine and LUSTED David (eds.), The television Studies Book, Arnold, 1998, pp. 288-289.
[10]KIRKHAM Pat and BEVERLEY Skeggs, « Absolutely Fabulous : Absolutely Feminist ? » in GERAGHTY Christine and LUSTED David (eds.), The television Studies Book, Arnold, 1998, pp. 292-296.
[11]KIRKHAM Pat and BEVERLEY Skeggs, « Absolutely Fabulous : Absolutely Feminist ? » in GERAGHTY Christine and LUSTED David (eds.), The television Studies Book, Arnold, 1998, p. 292.
[12]KIRKHAM Pat and BEVERLEY Skeggs, « Absolutely Fabulous : Absolutely Feminist ? » in GERAGHTY Christine and LUSTED David (eds.), The television Studies Book, Arnold, 1998, p. 295.
























